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Découverte du Pays catalan

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Patrimoine et Train Jaune

 

Le récit de Jean-Claude sur ces deux journées et comme ils disent dans ce pays : « endavant tot» (en avant toutes).

 

Lundi 18 mai 

Notre groupe de 43 personnes fait route de bon matin vers le pays catalan pour une première visite en milieu de matinée au Mémorial du camp de Rivesaltes : situé dans la plaine du Roussillon, au pied des Albères, l’armée a installé en 1938 un camp militaire de 600 ha, le camp Joffre.

Créé pour accueillir et former les troupes coloniales, ce lieu n’a cessé ensuite de recevoir durant sept décennies des populations civiles et des soldats vaincus. La loi de 1938 contre les indésirables, c’est à dire les gens sans papiers va permettre l’internement de populations civiles et de soldats vaincus. Ici sont regroupés et immobilisés des réfugiés accusés de présenter un risque économique et politique (Espagnols fuyant le franquisme, Européens du centre et de l’Est, souvent juifs, chassés par les avancées nazies, mais considérés comme ressortissants de puissances ennemies), des populations mises en cause sur une base raciste (Gitans et Juifs), des prisonniers de guerre de l’Axe, des collaborateurs, des supplétifs coloniaux de l’armée française et des populations civiles fuyant les nations postcoloniales, des immigrés clandestins… Une succession d’occupations qui au fil du temps a entrainé des collusions entre « mémoires ».

Un devoir de mémoire a émergé au milieu des années 1990 pour remettre en perspective la période antisémite du camp, la question des républicains espagnols, la phase postcoloniale, les travailleurs nord-africains, l’internement des nationalistes algériens, les harkis...

Ce retour à la lumière, c’est ce qu’a voulu représenter Rudy Ricciotti dans son projet architectural de Mémorial : inauguré en 2015, c’est au centre du camp un très long bâtiment à demi enterré de couleur ocre, qui en pente douce nous ramène très lentement vers la surface. Nous cheminons le long du Mémorial, songeurs et attentifs aux explications de notre guide Cécile. Ici ne subsistent plus au milieu de la végétation que les vestiges en ruine des baraques en béton ou essayèrent de survivre des milliers de personnes : hommes, femmes, enfants, en proie au froid, à la faim, aux puces, au désœuvrement, antichambre de la déportation pour certains d’entre eux.

Mais plus réjouissant, à l’heure du déjeuner au domaine viticole de Rombeau, nous reconnectons à l’instant présent : dans une salle de restaurant, ancien chai aux proportions imposantes, nous apprécions en apéritif le muscat doux ou sec puis une salade catalane aux anchois et une spécialité locale : les Boles de picolat (boules de picoulat). Un régal.

En début d’après-midi nous voici à Perpignan pour une visite guidée de la ville. Sur le chemin du palais des rois de Majorque nous apprécions les belles maisons de style Art Nouveau. En point haut dominant Perpignan se dresse le Palais du XIIIème siècle, symbole de la puissance des souverains du royaume de Majorque. C’est un imposant palais gothique, quadrangulaire avec une cour centrale encadrée de 4 corps de logis sur 2 étages servant de lieux de villégiature, de banquet, de réception et de réunion : une manifestation du pouvoir !

Au cours des siècles vont s’affronter les comtes du Roussillon, de Barcelone et d’Aragon, jusqu’au traité des Pyrénées qui en 1659 sous Louis XIV voit le rattachement du Roussillon au royaume de France. Dix ans plus tard, Vauban viendra fortifier Perpignan.

De retour en ville, nous passons devant le musée de Jacinthe Rigaud, personnalité locale et peintre officiel de Louis XIV. L’hôtel de Ville avec en façade ses mains petite, moyenne ou grande illustrent les 3 pouvoirs qui au Moyen-Âge siégeaient au Conseil. Dans la cour trône la statue d’Aristide Maillol : « La Méditerranée ». Juste à côté la « Loge de Mer » est un élégant bâtiment où venaient y commercer les marchands de tissus du XIVème au XVIème siècle. Plus loin sur une placette, se dresse la gracieuse statue de Maillol : la Vénus au collier. Sur la place de la laine est édifiée une église gothique méridionale au style rappelant celui de la cathédrale d’Albi. Par la rue des Abreuvoirs, nous arrivons devant l’autre bâtiment emblématique de Perpignan : Le Castillet. C’est une imposante bâtisse de brique rouge datant du Moyen-Âge qui protégeait l’entrée nord de la ville et qui servit aussi de prison au fil des reconstructions.

Sur le chemin de l’hôtel nous passons devant un splendide bâtiment de style Art Nouveau datant de 1911 : le cinéma. Une étonnante boule en verre et céramique portant l’inscription « skating » domine l’édifice et nous indique une ancienne salle de patins à roulette.

Après notre installation au B&B hôtel, le diner au café de la Paix est bien mérité.

 

Mardi 19 mai 

Sous un soleil magnifique nous partons vers Villefranche de Conflent en longeant la Têt. En chemin nous faisons un petit détour pour admirer les Orgues d’Ille sur Têt : les dépôts de couches sédimentaires accumulées au cours des millénaires par la mer qui occupait la vallée de la Têt ont été érodés au fil du temps par le vent et l’eau donnant à voir un paysage de « cheminées de fées » très spectaculaire. Depuis un belvédère s’offre à nous une vue imprenable sur le Canigou encore enneigé, les « cheminées de Fées » et les genêts en fleur.

Nous poursuivons notre voyage par la vallée à la végétation luxuriante, où poussent des abricotiers taillés en gobelet. Cécile en profite pour nous parler de la « Trobada de la Saint Jean » : la flamme de l’amitié conservée durant l’hiver au Castillet est montée au Canigou les 23 et 24 juin pour allumer le feu de la Saint Jean. Cette flamme sera ensuite partagée entre tous les villages. En chemin nous longeons le barrage de Vinça enfin rempli. Sur notre droite face au Canigou s’étire plein sud le village d’Eus qui serait le plus ensoleillé de France. Cécile en profite pour nous donner une version de la création du drapeau catalan : sur la commune de Ria-Sirach, Guifred le Velu, comte de Cerdagne et Conflent blessé lors d’un combat contre les Musulmans aurait tracé sur son bouclier d’or quatre bandes de son sang.

Nous arrivons enfin à Villefranche de Conflent, forteresse du Xème siècle stratégiquement située à la confluence de trois rivières : la Têt, le Cady et la Rotjà. C’était un véritable verrou pour protéger le Roussillon la Cerdagne et le Conflent. En 1659 la ville devient française et Vauban fortifie la ville par des remparts et la construction du Fort Libéria qui domine la ville du haut de ses 734 marches. Nous faisons le tour des remparts et visitons la ville. Devant l’église Saint Jacques au remarquable portail en marbre rose et aux influences musulmanes se tenait le marché aux tissus.

La route continue de monter en de nombreux lacets en direction de Mont Louis, le long du défilé de la Têt. Nous pouvons apercevoir deux ouvrages d’art remarquables : le viaduc Séjourné en granit à deux niveaux avec sa clef de voûte en ogive et qui surplombe la vallée du haut de ses 62 m et le pont suspendu métallique Gisclard de 82 m réalisé par les ateliers Eiffel. Nous les emprunterons tout à l’heure avec le Train Jaune pour revenir sur Villefranche. La construction du chemin de fer a été réalisée entre 1904 et 1910 entre Villefranche et Mont-Louis et achevé vers la Tour de Carol après la guerre de 14-18 soit un total de 63 km. Sept centrales électriques ont été construites pour alimenter le Train Jaune, le lac des Bouillouses servant de réservoir.

Nous arrivons à Mont-Louis, forteresse dédiée à Louis XIV et fortifiée par Vauban. Sous les remparts, nous pouvons voir un four solaire « Héliostat » : un miroir concave concentre la lumière en un point focal d’une coupole permettant d’atteindre 3500 °C. Une version plus grande a été construite à Odeillo.

A 1600 m d’altitude, l’air est frais mais le moment est venu de nous restaurer d’une poitrine de veau farcie accompagnée de petits champignons cueillis dans les prairies avoisinantes !

Nous regagnons la gare et enfin le Train Jaune pointe son nez. Un wagon nous est réservé et s’est plein d’entrain et de curiosité que nous embarquons pour un retour vers Villefranche de Conflent. Les paysages sont très verdoyants, les collines dominant le chemin de fer et nous savourons tous le voyage, réminiscence aussi des trains d’autrefois.

Arrivés à Villefranche nous reprenons la route vers Perpignan puis Toulouse. Comme nous l’a dit Cécile, « en davan i fora *», pas de « rouchat **» durant notre séjour et personne ne s’est « estrabanqué ***». Nous garderons tous un très bon souvenir de ce voyage qui donnera certainement l’envie de venir découvrir d’autres richesses du pays catalan. Un grand merci à notre chauffeur Hervé, notre guide Cécile et aux organisateurs de ce très beau voyage.

(Traductions : * en avant et partez, ** averse, *** a trébuché.)

MIREU QUE CONTENTS QUE ESTAN AMB EL SEU VIATGE!

Regardez comme ils sont ravis de leur périple !